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J’aime les arbres. En regarder un me parle. J’aimerais utiliser le langage parabolique pour développer une pensée sur notre spiritualité.
Ce qui me touche, dans un arbre, ce sont les parties visibles et non visibles. C’est « son enracinement et son ouverture », pour utiliser une expression chère à Jean-Yves Leloup. La sève d’un arbre vivant pousse vers les plus profondes racines et tend vers les plus hautes branches.
Plus un arbre veut monter haut dans la lumière, plus profondes doivent être ses racines dans la matière. Cette évidence de la Vie n’est pas toujours respectée.

La spiritualité a beaucoup d’analogies avec l’arbre. Comme devant un arbre, j’aime examiner, contempler une spiritualité, voir ses racines, ses branches, son feuillage et ses fruits.
Certaines spiritualités sont anciennes avec des racines profondes et d’autres sont des « néo-spiritualités » sans racine, hybrides, « génétiquement modifiées ».

Enfin, s’Il y a des arbres, il y a aussi des hommes. Une partie de ces hommes est indifférente, une autre  met le focus sur les racines, une autre sur les branches, la partie aérienne, et enfin une autre (dont je fais partie) aime considérer le tout.

Spiritualités avec racines

On nous propose parfois des pratiques bien enracinées dans une tradition particulière, mais fermées aux aventures, aux explorations et à la découverte de nouveaux horizons.
Dans ce cas, l’arbre ne manque pas de racines, mais quoique paraissant vivant, la mort est à l’œuvre dans l’arbre. Il est en état de sclérose, peut-être même de pourrissement, la sève n’irrigue plus ses branches les plus hautes ; il ne se tient plus solide dans l’Ouvert, Il ne donne plus de fleurs au printemps…
Parfois même on nous propose une spiritualité semblable à un arbre en pot ; il y a bien des racines, mais elles se heurtent aux limites du pot, à celles du dogme figé, d’une tradition transmise. Par crainte de « trahir » nos pères, nous n’osons pas dépoter l’arbre pour lui permettre une croissance.
Attention de ne pas nous enraciner dans un passé pour y rester ; il s’agit de chercher dans nos racines la sève de notre avenir…

Spiritualités sans racine

Parfois on nous propose toutes sortes de pratiques plus ou moins bien inspirées par des individualités, coupées de toutes traditions, de toute lignée, c’est-à-dire de toutes racines… L’arbre fleurit peut-être, mais ce sont souvent des fleurs artificielles, des fleurs et des fruits qui ne naissent pas de la sève profonde, à l’écoute du ciel et de la terre. Cela peut produire quelques impressions lumineuses dans notre cerveau, mais ce n’est pas la lumière.
Ces techniques peuvent aussi induire en nous quelques « détentes » au niveau du corps et même du cœur, mais ce n’est pas « l’hesychia », la paix qui vient de l’Être. Cela peut aussi fortifier le « moi », mais nous faire oublier « Je Suis »… (selon ce que Paul dit littéralement au Galates: Je vis, non plus Moi… (Gal.2:20)) , fortifier l’ego et nous faire oublier l’Être.

Notre époque est marquée par la perte d’illusions concernant ce qui est matériel, politique, économique… et donc par une recherche de valeurs stables, comme le retour à la spiritualité. Cela se traduit soit par un retour à la tradition de nos pères, soit par une recherche effrénée d’autres choses que la tradition de nos pères qui nous a déçus. Du coup on nous donne le choix. D’un côté la tradition avec sa conformité et le risque « du pot » ; il faudra faire attention de rester dans l’orthodoxie, sinon nous  serons labellisés hérétiques. D’un autre coté le mode « électrons libres » ; on ne manque pas de propositions dites spirituelles, souvent des emprunts orientaux ou chamaniques qu’on a occidentalisés (donc coupés de leurs racines). Ainsi il se vend au nom de l’Éveil des petites expériences « psychiques » qu’on qualifie trop vite de « spirituelles ». Méfions-nous des bouquets tout faits qui sont splendides pour un moment et se flétrissent très vite.

L’enracinement sans ouverture ne peut produire que sclérose et intégrismes.
L’ouverture sans enracinement ne peut produire que dispersions, illusions et déceptions.

Je termine par un petit texte biblique, celui de Jérémie 17:5-7, qui nous présente deux types d’homme, deux types de vie avec une analogie sur l’arbre.
A noter que la notion maudit/béni peut « choquer » l’homme d’aujourd’hui mais elle induit les notions malheur/bonheur, trouble/paix

Voici ce que déclare l’Éternel : Maudit soit l’homme qui compte sur des hommes et qui fait des moyens humains la source de sa force mais qui détourne son cœur de l’Éternel. Il est comme un arbuste dans le désert, et il ne verra pas arriver le bonheur. Il aura pour demeure un aride désert, une terre salée où n’habite personne.
Béni soit l’homme qui se confie en l’Éternel et place sa confiance en l’Éternel. Il sera comme un arbre planté près d’un cours d’eau qui étend ses racines vers le ruisseau, il ne redoute rien lorsque vient la chaleur : ses feuilles restent vertes ; il ne s’inquiète pas pendant l’année de sécheresse, et il ne cesse pas de produire du fruit.