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Dans le Livre X des Confessions de saint Augustin », l’auteur met des mots sublimes sur une expérience et une prise de conscience merveilleuses qu’il a recherchées et vécues.

Tout d’abord des extraits en prologue.

Tu nous as créé pour toi, et notre cœur est sans repos (ou inquiet, sans quiétude) jusqu’à ce qu’il repose en toi. (Livre I.I)
Augustin ici parle du véritable repos du cœur. Il parle par expérience, son coeur n’a pas de repos.

Tu étais au-dedans de moi, tu étais plus intime que l’intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de moi-même (Livre III.VI)
… je marchais dans une voie ténébreuse et glissante, je te cherchais en dehors de moi et je ne trouvais pas le dieu de mon cœur… j’étais sans confiance et je désespérais de découvrir la vérité. (Livre VI.I)
Augustin se remémore sa vie, l’objet de sa quête était dans ses profondeurs, au-dedans de lui mais lui cherchait au-dehors (des maîtres, des pratiques…). Sa recherche constante n’apaisait pas sa soif et il désespérait d’aboutir dans sa quête et de découvrir enfin la vérité.

Averti par ces livres de revenir à moi-même, j’entrai dans l’intimité de mon être sous ta conduite : je l’ai pu parce que tu t’es fait mon soutien. J’entrai et je vis avec l’œil de mon âme…  (Livre VII.X)
Augustin témoigne que la lecture de certains livres a réorienté sa recherche et qu’il a entamé un « voyage intérieur »

Et maintenant le livre X qui, en quelques phrases, nous révèle ce qu’il a saisi (et aussi ce qui l’a saisi)

Livre X.XXVII-XXVIII
Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans de moi, et moi au-dehors de moi-même
et c’est là que je te cherchais, …

Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi…
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité
tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré et haletant j’aspire à toi
je t’ai goûtée, et j’ai faim et j’ai soif ;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.

Quand je me serai attaché à toi de tout moi-même
nulle part il n’y aura pour moi douleur et labeur
et vivante sera ma vie toute pleine de toi.
Mais maintenant, puisque tu allèges celui que tu remplis,
n’étant pas rempli de toi je suis un poids pour moi.

* Quelques « pépites » sorties de ce texte * 

Bien tard je t’ai aimée
C’est un autre regard sur le temps, quand on découvre l’intériorité, souvent il nous semble que c’est bien tard, nous aurions préféré plus tôt mais il fallait pour certains perdre nos illusions sur l’extériorité.

Beauté si ancienne et si nouvelle
Si ancienne parce que là depuis toujours !
Si nouvelle parce que nouvelle pour celui qui la découvre.

Tu étais au dedans de moi et moi au-dehors de moi-même
Ce qu’il cherchait était déjà là, au-dedans de lui ; et lui était au-dehors. Quelle image! En peu de mots, c’est une description de quelqu’un qui vit en dehors de lui-même, de quelqu’un qui ne tourne pas autour du bon axe et, enfin, de quelqu’un qui  « subit » et interagit avec l’extériorité.

Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi.
Un autre constat: tu étais déjà avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec toi. Être « avec » ne dépendait que d’Augustin, comme cela ne dépend que de nous.  Là encore, il a manqué la cible.

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as répandu ton parfum, je l’ai respiré et haletant j’aspire à toi ;
je t’ai goûtée, et j’ai faim et j’ai soif ;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.
Même s’il reconnaît que, par le biais de lectures, sa quête a été réorientée, il reconnaît aussi que l’acte initial n’est pas de lui ; il a été attiré.  Ses sens intérieurs ont été stimulés et sont sortis de leur torpeur. Il reconnaît qu’avant il était sourd et aveugle intérieurement (ce qui n’empêche pas de pressentir des choses).
Il témoigne aussi qu’il a pu sentir et goûter, sa faim et sa soif ont été aiguisées, Son être intérieur étant touché il s’est embrasé.

Quand j’aurai adhéré à toi de tout moi-même
Avec beaucoup d’humilité, il reconnaît qu’il n’est qu’au début d’un chemin. Il est déterminé à amener, tous les bouts de lui-même, à adhérer à ce qu’il a découvert.

Nulle part il n’y aura pour moi douleur et labeur
Il peut se projeter, Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus de souffrance ni de choses à faire, mais que ces choses auront perdu leur « puissance »  à nuire.

Et vivante sera ma vie toute pleine de toi.
Vivante sera ma vie ! Quelle conscience quant au fait d’avoir une vie non vivante ! et quelle espérance de s’élancer vers une vie vivante et remplie !

Mais maintenant, puisque tu allèges celui que tu remplis
Encore un paradoxe! Tu allèges celui que tu remplis. Plus nous sommes remplis, plus nous sommes sommes légers.

N’étant pas rempli de toi je suis un poids pour moi
C’est encore un bilan honnête. Pourquoi est-ce pesant ? Parce qu’il n’est  « pas rempli ».
Qui est le poids ? Personne d’autre que soi-même.

Ça ne tient qu’à nous !

Stay Tuned…