Va vers toi – Part.VI

La guimatria

Nous allons aborder la question du lekh lekha sous un nouvel angle, celui de la gématrie. Pour une question de respect pour les écrits vocalisés les plus anciens qui montrent que la forme d’origine est guimatria, que ce soit en hébreu ou en araméen, j’utiliserai ce terme. La guimatria est l’art numérique des anciens hébreux réunissant lettres et nombres.

Bien avant l’arrivée et l’adoption d’un système chiffré indépendant des lettres, les civilisations méditerranéennes avaient, dès l’origine, attribué des valeurs numériques à chacune des lettres de leurs alphabets respectifs. Mais c’est sans doute avec les hébreux, lors de la rédaction de la Torah, que cet usage prit une dimension cryptographique mystique bien particulière.

Il est connu que la Torah, au-delà de son sens premier, possède nombre de niveaux d’interprétation. Dans ces niveaux, la considération des valeurs numériques des éléments du texte est l’une des ouvertures du sens caché.  Chaque lettre correspondant à un nombre, écrire un mot revient à écrire un nombre et écrire un nombre revient à écrire un mot.

Par exemple :

Le nombre 32 s’écrit avec deux lettres : le laméd qui vaut 30 et le béith qui vaut 2. De cette façon : בל. Immédiatement, l’hébraïsant lit בֵל (lév), cœur.
Le nombre 14 s’écrit avec la lettre yod qui vaut 10 et la lettre daléth qui vaut 4, de cette façon: יד, que l’on peut alors lire  דָי (yad), main.
Le nombre 48 s’écrit avec la lettre mém qui vaut 40 et la lettre ħéith qui vaut 8, de cette façon : מח, qui se  lit חֹמ (moaħ), cerveau.

Bien que cela y ressemble beaucoup, la Guimatria n’est pas de la numérologie. Cette dernière est une méthode qui consiste à mettre en relation deux systèmes : l’un alphabétique, l’autre numérique.

La numérologie est une pratique ancienne qui interprète le sens sacré ou symbolique des nombres. Elle remonte à des millénaires, traversant diverses civilisations et époques. Les anciens Babyloniens, Égyptiens et Grecs, notamment le philosophe Pythagore, étaient déjà convaincus que les nombres avaient une signification spirituelle et symbolique intrinsèque. Au fil des siècles, diverses cultures ont développé leurs propres systèmes de numérologie, cherchant des réponses aux mystères de la vie et de l’univers. La numérologie moderne a fusionné ces anciennes croyances avec des concepts psychologiques et est souvent utilisée dans un contexte de développement personnel.

Établir des liens d’équivalence entre des mots, des phrases ou des expressions

En ce qui concerne la guimatria, la symbolique du nombre est secondaire, car elle a pour objectif d’établir des liens d’équivalence entre des mots, des expressions ou même des phrases.

Le Sepher Yetsirah (Livre de la formation), selon la tradition rabbinique, est attribué à Abraham, c’est-à-dire qu’on rapporte la source de son enseignement à l’origine même de la tradition sémitique. Historiquement, on peut situer sa rédaction entre le IIIe et le VIe siècle de notre ère. Il se range au nombre des textes spéculatifs les plus anciens qui existent et sont rédigés en hébreu.
Concernant la création, il est écrit au Chap.2 Section 2 : Vingt-deux lettres de fondement : Il les a gravées et sculptées. Il les combina, les pesa, les intervertit et forma par elle les êtres qui existent, et tous ceux qui existeront, tout le formé, et tout le futur à former.

Nous avons ici la notion de poids de lettre, de combinaison et d’interversion. C’est un des textes qui sert de fondement à la guimatria
Chacun des termes possède un « poids numérique » par les lettres qui le forment. Cette valeur le connecte naturellement avec tous les autres termes ayant ce même « poids numérique ».
Pour prendre une image, lorsque l’on place deux poids identiques sur chacun des plateaux d’une balance, les poids peuvent être intervertis sans que la balance n’en soit déséquilibrée.

Il y aurait tant d’exemples à donné tirés de l’ancien testament qui enlèveraient toute suspicion de hasard ou de délires mystiques. Je laisse le soin à ceux qui sont intéressés de faire leur recherche, ils en trouveront aisément, même sans connaître l’hébreux.

Pour ma part je vais me contenter d’une parole de Jésus assez troublante sur ce sujet.
Matthieu. 22:34-39
Maître
, quel est le plus grand commandement de la loi ?
Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement.
Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Semblable en quoi ? Par la difficulté de les mettre en pratique ? Par le verbe aimer ? Au niveau pratique nous devons admettre qu’ils sont différents. Ces deux commandements que Jésus cite (Deut.6 :5 et Lévit.19 :18) ont, en hébreu, exactement le même poids numérique de 907 malgré un nombre de lettres et de mots différent (20 lettres pour 5 mots pour le premier et 16 lettres pour 4 mots pour le second).
Vous avez le droit de penser que c’est le hasard, je ne fais pas ce choix, je préfère me laisser émerveiller devant une telle improbabilité. Vous pouvez choisir de mépriser cet art millénaire et penser que vous connaissez mieux la Bible que ces gens qui l’ont adopté, cela trahira votre manque d’ouverture, de connaissance et peut-être votre orgueil.

Le guimtour est l’art d’interpréter un texte à l’aide de la guimatria. Outre le PARDES, connu de tous les étudiants du texte hébraïque qui indique 4 directions de recherche de sens d’un texte.
Cette méthode alphanumérique entre dans le cadre des sept règles d’interprétation codifiées par Hillel haZaqén1.  Au fil des siècles les principes d’interprétation passeront à 13 puis 32 pour arriver au chiffre symbolique de 70 !
Lorsque deux choses ont la même guimatria, on dit alors qu’elles sont reliées l’une à l’autre, car selon les maîtres de l’herméneutique tout a été créé au moyen de permutations des lettres du Verbe divin. Ainsi, par leur mesure ces deux choses partagent une potentialité commune essentielle.

La numérotation ancienne hébraïque est assez simple. Les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu sont structurées en unités, dizaines et centaines. Les neuf premières lettres (de Aléf à Teith) sont les unités, les neuf suivantes (de Yod à Tsadé) sont les dizaines et les quatre dernières (de Qof à Tav) sont les centaines.

Qu’est-ce que la guimatria aurait à nous dire sur l’expression LEKH LEKHA ?

Lekh :
Signification :
va, marche
Poids numérique : 50
Équivalence de poids :
Bo élaï : Venir à moi.
Dom : Silencieusement.

Lekha :
Signification :
vers toi, pour toi
Poids numérique :  50 (même valeur que Lekh car seules les consonnes représentent des chiffres).
Équivalence de poids : identiques à Lekh

Lekh lekha :
Signification : Va vers toi
Poids numérique : 100
Équivalence de poids :
Hatsav :
– Creuser (sens de profondeur)
– Extraire (une séparation va se faire, de la matière noble va sortir),
– Sculpter, tailler (une œuvre va se faire, de la matière brute va être enlevée)

Tout est dit !
Venir à Lui c’est marcher (faire des pas) vers soi.
Comment ? Silencieusement
C’est creuser : aller vers ses profondeurs.
C’est extraire : une séparation va se faire, de la « matière » noble va sortir.
C’est sculpter (ou se laisser sculpter, tailler) : De la matière brute va être ôter pour laisser paraître une nouvelle œuvre.

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1) Hillel haZaqén était un Sage et dirigeant religieux qui vécut à Jérusalem au temps d’Hérode et de l’empereur Auguste. Hillel renouvela l’interprétation de la Loi en publiant sept règles herméneutiques reprises plus tard par R. Yohanan ben Zakkaï  lorsqu’il transféra le Sanhédrin à Yabné après la destruction du temple en 70.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Cathy

    Très intéressant ! Merci Paddy

    1. Paddy

      Merci, je trouve aussi. Je sais que ce genre d’approche ne fera pas l’unanimité mais je trouvais important de la proposer.